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Jean Sébastien BACH :

Compositeur de l'époque baroque dont il symbolise et personnifie l'apogée, Bach eut une influence majeure et durable dans le développement de la musique occidentale. Les plus grands compositeurs, tels que Mozart et Beethoven, reconnurent en lui un maître insurpassable. Son œuvre est remarquable en tous points par sa rigueur et sa richesse harmonique, mélodique ou contrapuntique, sa perfection formelle, sa pédagogie, la hauteur de son inspiration et le nombre de ses compositions. La qualité de ses œuvres de jeunesse égale celle de ses compositions plus tardives. Il n'est pas exceptionnel de le considérer comme le plus  grand compositeur de tous les temps.

 

 L’apprentissage

haubergier Bach jeune

Issu d’une famille de musiciens, né à Eisenach en 1685, J. S. Bach est orphelin dés l’âge de 10 ans, mais la solidarité familiale lui permet de recevoir, chez son frère Johann Christoph (organiste à Ohrdruf), une éducation suffisamment solide en latin, théologie et musique pour pouvoir rapidement voler de ses propres ailes et vivre de ses dons musicaux. Comme chanteur d’abord puis comme violoniste et claveciniste, il est en quelque sorte « boursier » à l’école Saint-Michael de Lüneburg. Son talent se nourrit à l’écoute de la musique vocale allemande pratiquée journellement mais aussi de la musique française pratiquée à la cour du duc de Celle et de celle des grands maîtres de la musique allemande (G. Boehm, J.A. Reinken, organistes réputés).

Et l’on nous décrit le jeune Bach, marchant toute une journée de Lüneburg à Hambourg, pour pouvoir y écouter Reinken ! Il découvre aussi à Hambourg, l’Opéra dirigé par le grand Reinhard Keiser, d’autres organistes comme Vincenz Lübeck … et il refait le voyage plus d’une fois.

 Les années de formation

Bach s’approprie ces différentes expériences pour nourrir sa propre personnalité musicale et développe parallèlement (tradition familiale oblige) ses talents d’organiste. Virtuose, il commence aussi à se créer une expertise dans le domaine de la construction d’orgues : il a déjà assisté à Ohrdruf à la mise en oeuvre d’un nouvel orgue neuf par Johann Christoph et il a l’occasion d’écouter à Lüneburg les propos du savant facteur d’orgues Johann Balthasar Held. Il trouve pour une courte période un emploi à la cour d’un jeune frère très artiste du duc de Weimar. Au sein de l’orchestre, il est à la fois « laquais et violoniste », tout en jouant le rôle de suppléant de l’organiste en titre vieillissant.

Improvisateur de génie, il obtient à 18 ans, en 1703, le poste d’organiste des orgues toutes neuves de la Neue Kirche d’Arnstadt. Mais la vie n’est pas un long fleuve tranquille : les choristes qu’il doit faire travailler ne sont ni des plus doués ni des plus dociles, d’où un certain nombre d’affrontements … et Bach se fait réprimander ! Il obtient une permission de 4 semaines pour aller écouter Buxtehude à Lübeck : passionné par ce qu’il entend et apprend, il ne rentre qu’au bout de 4 mois … et se fait réprimander ! Il perturbe les habitudes musicales des paroissiens en s’inspirant de Buxtehude … et se fait réprimander ! Il se fiance à sa cousine Maria Barbara Bach à la si jolie voix, lui demande de monter sur la tribune de l’orgue pendant que l’église est vide et de chanter pour qu’il puisse l’accompagner … mais cela est ‘’streng verboten’’ et Bach se fait réprimander ! Aussi lorsqu’il trouve un poste nettement plus intéressant à Mühlhausen, les autorités d’ Arnstadt ne mettront-elles aucune difficulté à le laisser filer, probablement ravies d’être débarrassées de ce trublion !

Bach s’installe dans son nouveau poste en 1707 et épouse Maria Barbara. Il met en place une politique de modernisation et de restauration des orgues de Saint Blasius et s’attaque précocement à la composition de ce genre, alors bien spécifique de la musique religieuse allemande, la cantate : oeuvre dont le chant est la pièce maîtresse mais, contrairement aux opéras ou oratorios, sans côté théâtral (et donc, avec peu de récitatifs). Il n’est plus seulement un instrumentiste virtuose mais un compositeur. Malheureusement, la communauté paroissiale est de tendance « piétiste » et peu favorable aux innovations musicales, jugées par « trop mondaines » et « charnelles » du jeune organiste.

Pour reprendre ses termes, Bach subit à cette époque, de telles « vexations » et de telles « entraves » au développement de ses idées musicales qu’il est amené à démissionner de son poste.

Au service des princes

Bach devient organiste et premier violon solo à la chapelle du duc de Weimar. Il compose alors ses premières grandes œuvres pour l’orgue ainsi que pour le clavecin. Il supervise la rénovation de l’orgue de la Schlosskirche; sa maîtrise incontestée de l’instrument fait qu’il est souvent invité à se produire dans les églises de la région. La composition religieuse n’est alors théoriquement pas de son ressort, mais de celle de son supérieur, le Kappellmeister, Gese : mais celui-ci, vieillissant, ne peut plus faire face à ses obligations. Bach y supplée et composera durant cette période (1708-1717) quelque trente-cinq cantates ! Il profite de la richesse de l’orchestre dont il dispose pour se lancer dans la musique concertante. Sa situation reste cependant moralement inconfortable et Bach essaye d’y échapper en posant sa candidature en 1713 à l’orgue de la Liebfraukirche de Halle ; candidature qui est acceptée mais … le Duc veut le garder près de lui et lui interdit tout départ … tout en le nommant Konzertmeister et en augmentant régulièrement ses gages. Mais le titre tant convoité de Kappellmeister lui échappe, même après la mort de Gese … C’en est trop, Bach, ulcéré, veut de nouveau partir, mais le Duc l’apprend et le met aux arrêts ! Il fallut, pour le sortir de « prison » que le prince Léopold d'Anhalt-Coethen, beau-frère du Duc, vienne le libérer pour le nommer musicien de chapelle à sa cour de Coethen en 1717.

Certes, hélas, la cour de Coethen est d’obédience calviniste et proscrit l’utilisation de musique religieuse pendant le culte. Mais en contrepartie le prince est un vrai musicien qui maîtrise avec une habilité professionnelle violon, viole de gambe et clavecin et possède une agréable voix de baryton : il « n’aimait pas seulement la musique mais la connaissait » disait Jean-Sébastien ! Là encore et avec tout son talent, Bach consacrera donc beaucoup de temps à la musique profane : concertos pour violon, suites pour violoncelle, sonates pour violon et clavecin, premier recueil du Clavecin bien tempéré, Concertos Brandebourgeois, premières Suites pour orchestre … Maria Barbara meurt et il se remarie avec Anna Magdelena Wilke. Mais le prince, mettant fin à sa vie de garçon, épouse une jeune princesse qui, nous dit Bach, « paraissait être une amusa », sans amour pour la musique et l’art en général : l’activité musicale de la cour de Coethen va donc malheureusement s’amenuisant.

Le Cantor de Leipzig

En 1723, soucieux de pouvoir donner à ses nombreux enfants une éducation dans une université de renom et souhaitant renouer avec la composition religieuse, Bach pose sa candidature au poste de Cantor à Saint Thomas de Leipzig. Il donne, pour se faire accepter par les bourgeois bien pensants de la ville, la preuve de son talent, avec successivement : une cantate « Jesus nahm zu sich die Zwölfe » qu’il compose, qu’il dirige et où il chante les solos de basse ; puis une première mouture de la Passion selon Saint Jean … et pour bien terminer l’année son Magnificat !

haubergier bach 5La création de cantates devient alors pour lui d’une ardente nécessité, puisqu’il doit, entre autres obligations civiles et religieuses (enseigner, participer à l’animation liturgique des deux principales églises de ville, Saint-Nicolas et Saint-Thomas, superviser l’ensemble des manifestations musicales de la ville, faire copier la musique nécessaire …), répondre aux besoins de la liturgie luthérienne en l’« alimentant » en musique « nouvelle ». Ce que signifie pratiquement proposer, composer une œuvre nouvelle pour chaque semaine.  Si l’on considère simplement les cantates, il en a écrit quelque 295, dont une centaine ont malheureusement été perdues, mais auxquelles il faudrait ajouter ses Passions selon Saint Jean et Saint Matthieu, les Oratorios de Noël, de Pâques et de l’Ascension, 2 œuvres en latin (Magnificat et Messe en si mineur) et des œuvres plus courtes comme ses Grands Motets dont seulement six, malheureusement, sont parvenus jusqu’à nous. Sans oublier, dans le domaine religieux, une œuvre pour orgue absolument gigantesque.

Il ne néglige pas pour autant la musique profane, entre autres en relançant le Collegium Musicum qu’avait créé Telemann : cantates profanes, nouvelles suites instrumentales, concertos et sonates, l’Offrande Musicale dédiée à Frédéric II, auxquels il faudrait ajouter toute l’œuvre pour clavier (Suites françaises et anglaises, Variations Goldberg …),etc., se succèdent de façon d’autant plus admirable que Bach doit faire face à de nombreuses difficultés : manque de moyens musicaux, problèmes financiers, deuils, vexations multiples face à l’étroitesse d’esprit des bourgeois de Leipzig, problèmes de santé enfin, puisque sur la fin de sa vie il perd progressivement la vue (ce qui ne l’empêche pas de nous léguer son chef d’œuvre final, l’Art de la Fugue) .

haubergier Bach seal

A sa mort en 1750, Bach laisse une œuvre profane et religieuse d’une importance saisissante dans le domaine tant instrumental que vocal.

ange haubergier