Te Deum de Dettingen

A l'origine, prière en latin aux heures canoniales des matines dans le bréviaire de l'Eglise catholique romaine, le « Te Deum » est devenue partie du « Morning Service » dans son équivalent anglican et, si on lui garde parfois son titre latin, l'hymne ambrosienne est bel et bien traduite en anglais !
Prière de louange et de remerciement, le « Te Deum » est également utilisé pour célébrer, après sa mise sous une forme musicale adaptée, tel ou tel événement en général d'importance nationale ...
Ainsi vit-on en France, Marc Antoine Charpentier entrer en compétition avec Jean Baptiste Lully pour l'écriture d'un « Te Deum » destiné à célébrer l'heureuse issue de l'opération de la fistule subie par Louis XIV ! La Royale Fistule ne portât d'ailleurs pas chance à Lully : battant verticalement la mesure de sa canne, lors de l'exécution du Te Deum, il se blessât au pied et mourut de la gangrène ... !

En Angleterre, la liturgie anglicane connut pour le « Te Deum » diverses mises en formes musicales, de Purcell d'abord, puis de Händel.

Händel, musicien prolifique s'il en fût, n'a écrit pas moins de quatre versions du « Te Deum » : un premier pour célébrer la paix d'Utrecht en 1713 ; un second, écrit en 1714 pour fêter l'avènement de la dynastie hanovrienne, fût remanié pour célébrer la paix d'Aix la Chapelle en 1749 ; un troisième, assez court, écrit pour le duc de Chandos, fut modifié pour une audition publique en 1724 ; enfin le dernier, composé et joué en 1743, célèbre la victoire du roi Georges II à Dettingen.

Dettingen, triste rivière, morne plaine

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La bataille de Dettingen (27 juin 1743) est un épisode de la guerre de Succession d'Autriche : d'un côté les Français qui soutiennent la candidature de l'électeur de Bavière, élu régulièrement par la Diète, de l'autre les Anglo- hanovriens qui soutiennent celle de Marie-Thérèse d'Autriche, désignée par son père par l'acte discutable de la Pragmatique Sanction !


Le duc de Noailles, habile manœuvrier, arrive à « coincer » le roi Georges II près de Dettingen. Les deux troupes adverses sont séparées par la rivière Main. Noailles enclenche un mouvement tournant pour peaufiner l'encerclement des Anglais. Pour les empêcher de se défiler le long de la rivière, il fait passer le Main, sur des ponts de bateaux, à une partie de ses troupes commandées par le duc de Grammont, avec pour ordre de tenir une position défensive pendant que l'artillerie française bombarderait les anglais par-dessus la rivière ! Las, au lieu d'obéir, Grammont charge !

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Les troupes françaises sont alors soumises à la fois au feu de l'ennemi et à celui de nos propres canons ! La cavalerie anglaise contre attaque ... piétinant au passage sa propre infanterie ! Georges II, dont le cheval est tombé, se réfugie sous un chêne ... Le désordre est à son comble ! Les français se replient ... mais les ponts de bateaux cèdent sous leur poids : la compagnie des chevaux légers de la Maison du Roi est anéantie et côté infanterie, ceux des gardes françaises qui ont survécu en conserveront le surnom, peu flatteur, ... de « canards du Main » !

Victoire donc pour les anglais, du moins de façon apparente : en fait, ils abandonnent rapidement le terrain, laissant leurs morts et leurs blessés à la merci des français ... et plus jamais un roi d'Angleterre ne mènera ses troupes à la bataille ! Deux ans après, c'est Fontenoy ...

 

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Te Deum laudamus...


Georges II a d'autant plus besoin d'apparaître comme un héros victorieux que l'on commence à lui reprocher au Parlement anglais de se soucier plus de ses intérêts personnels dans le Hanovre que de ceux de l'Angleterre.

Le Te Deum de Dettingen, composé par Haendel dans les mois qui suivent la bataille et donné le 27 novembre 1743 en la Chapelle Royale du Palais de Saint James, est bien fait pour alimenter l'enthousiasme !
TDD 4A remarquer, qu'une fois de plus, Haendel a sûrement dû travailler pendant les vacances : il a commencé à composer le 17 juillet et les premières répétitions ont eu lieu en septembre !

Cette œuvre, d'un éclat majestueux où prédomine l'allégresse, est écrite dans la tonalité dominante de ré majeur. Les voix – trois solistes (alto, ténor, basse) et un choeur à cinq voix (soprano 1 et 2, alto, ténor, basse) – y sont soutenues par un orchestre où 3 trompettes, hautbois, basson, cordes, continuo et timbales vont tous jouer leur rôle.

Après une introduction «martiale» des trompettes et timbales, puis des hautbois, le choeur initial «We praise Thee O God» se développe en acclamations répétées et expressives.

Le second mouvement «All the earth» crée la diversité par son côté plus « dansant » et l'alternance de soli gracieux avec les réponses plus «compactes» du chœur soutenu par les trompettes.

Dans le troisième «To Thee all angels cry», larghetto et piano, les chœurs angéliques divisés en voix aiguës et graves sont soutenus dans leur louange par un tendre et tournoyant motif de violons en sol mineur.

Introduit et soutenu par les trompettes, le chœur suivant, andante en ré majeur, «To Thee Cherubim», est d'une écriture verticale : d'un style typiquement haendélien, entièrement façonné en acclamations, il n'est pas sans rappeler l'Alleluia du Messie !

Deux chœurs plus courts, «The glorious company» et «Thine honourable, true and only Son», sont suivis de deux airs de basse:

  • l'un, héroïque, concertant avec la trompette et débouchant sur un chœur d'acclamation à cinq voix «Thou art the King of Glory» ;
  • l'autre plus intime et délicat dans son dialogue avec les violons «When Thou tookest upon Thee».

Un brusque changement de tonalité et quelques dissonances aigües introduisent l'idée de la mort (sol mineur), «When Thou hadst overcome the sharpness of death»,qui débouche sur la résurrection par les vocalises d'un chœur jubilatoire (ré majeur) soutenues par les trompettes et les timbales : «Thou didst open the kingdom of Heaven» !

Un trio (alto, ténor, basse) développe andante un chant à la gloire du Christ, siégeant à la droite de Dieu : «Thou sittest at the right hand of God» ; débouchant sur «We believe that you shalt come», adagio en si bémol majeur, bref mais singulièrement prenant.
Puis quelques mesures de trompette résonnent ... dont le début correspond à celles de la fanfare de la troisième partie du Messie ; elles introduisent le chœur suppliant des pécheurs «We therefore pray Thee», largo en sol mineur ; la tonalité passant en si bémol majeur pour le lent «Make them to be numbered» .

Des fanfares de trompettes ouvrent le dernier grand chœur de l'œuvre «Day by day we magnify Thee», allegro non presto en ré majeur, louant Dieu dans l'Eternité.
Un expressif récitatif de basse accompagné en si mineur «Vouchsafe, O Lord» précède la conclusion de l'œuvre ; le choeur final, «O Lord in Thee have I trusted», andante en ré majeur, une fois introduit par les trompettes, débute par un solo d'alto avant que le chœur à cinq voix ne prenne le relais, développant l'intense prière finale.