G. FAURE

L’ENFANCE ET LE GÉNIE

Né à Pamiers le 12 mai 1845, Gabriel Fauré vient d’une famille très simple : son père est instituteur puis sous inspecteur, directeur d’école dans l’Instruction Publique et Gabriel vécut une première enfance que rien ne préparait à la musique. Très tôt, cependant, ses dons se manifestèrent spontanément sur l’harmonium d’une chapelle voisine de l’école normale  de Montgauzy prés de Foix  où son père était  directeur.

Faure 1Pistonné  par des mélomanes locaux et par le député de l’Ariège, il obtient une bourse pour le collège  Niedermeyer (1853), école de musique religieuse et classique. S’il n’est pas très brillant en matières d’intérêt général, il suit avec intérêt les études de piano, orgue, contrepoint, harmonie, orchestration, composition, accompagnement et plain-chant et obtient des prix en solfège, harmonie, composition et piano : il est l’élève de Saint-Saëns. Il débute la composition des premières mélodies du Premier Recueil et écrit le Cantique de Jean Racine.

ORGANISTE ET COMPOSITEUR

Faure 2En 1865, il quitte (onze ans après y être entré) l’école Niedermeyer pour devenir organiste de la basilique Saint-Sauveur de Rennes.
En 1866, pour la bénédiction de l'orgue de Saint-Sauveur, est interprété le Cantique de Jean Racine avec accompagnement de cordes et orgue, et en1868, Fauré tient la partie d’harmonium lors d'une représentation du Faust de Gounod au Grand Théâtre de Rennes. Il donne des cours de piano et compose intensément.

En 1870, il quitte Rennes et va à Paris où il tiendra quelques  mois l’orgue de chœur  de l'église Notre-Dame-de-Clignancourt dans le XVIlIe arrondissement. Lors de  la guerre franco-prussienne, il s’engage et participe aux combats de Champigny, du Bourget et de Créteil en région parisienne.
Après guerre, il participe à la création de la Société Nationale de Musique (avec César Franck, Camille Saint-Saëns, Jules Massenet…) et enseigne pendant la Commune chez Niedermeyer réfugié en Suisse. Il poursuit une carrière d’organiste qui l’amène à être titulaire de l’orgue de chœur de Saint Sulpice puis à devenir en 1874 le suppléant  de Saint - Saëns au grand orgue de la Madeleine. Il fréquente parallèlement salons littéraires et musicaux, compose, joue … et est élu secrétaire de la Société Nationale de Musique.
En 1877, il est nommé maître de chapelle de l’église de la Madeleine. Il se fiance mais les fiançailles sont rompues : déprimé, il compose et voyage, notamment en Allemagne, où il rencontre plusieurs fois Liszt … qui trouve sa Ballade trop difficile à jouer ! Il réussit à négocier, avec Breitkopf, la vente de sa 1ère sonate pour piano et violon … dont personne n’a voulu en France ! Il revient « emballé » par l’Or du Rhin  et  La Walkyrie, mais s’il découvre ainsi Wagner, l’influence de celui-ci, si elle sera parfois décelable dans son œuvre, n’est pas primordiale. S’il fera ultérieurement le voyage de Bayreuth et rencontrera la famille Wagner, Fauré gardera tout son esprit critique … et ira même plus tard  jusqu’à composer avec André Messager une pièce pour piano à quatre mains intitulée Souvenirs de Bayreuth pastichant les principaux thèmes de la Tétralogie !

Fauré finit par sortir du « spleen » où l’ont plongé ses déboires amoureux et ce qu’il perçoit comme un manque de reconnaissance musicale : en1883, il épouse Marie Frémiet. Faure 3Ils auront deux fils. Il faut « faire bouillir la marmite ». Or Fauré gagne peu d’argent avec ses compositions : ses partitions sont vendues 50 francs mais l’éditeur garde le tout des droits ! Fauré se livre alors à son « travail  de mercenaire » : il organise un service journalier à la Madeleine et donne des leçons de piano et d'harmonie. Ses compositions, c’est pendant l’été qu’il trouvera le temps de les composer ! Si pendant cette période, il écrit des œuvres importantes,  de la musique de chambre, de nombreuses pièces pour piano et des mélodies, nous n’en avons pas toujours la trace ; Fauré est amené à se contenter parfois d’un nombre limité de présentations : il ne retient alors de l’œuvre que quelques mouvements pour une réutilisation ultérieure.

Cette première période stylistique se caractérise par l’influence des musiques allemandes et italiennes et par un certain classicisme. Elle comprend certaines des œuvres les plus connues de Fauré telles que la mélodie Après un rêve ou l’ Élégie pour violoncelle et piano.  S’y rattache également La Sicilienne issue de la suite Pelléas et Mélisande . Elle s’étend jusque vers 1890.

LA RECONNAISSANCE  ET LA GLOIRE…    

Si Fauré a jusqu’ici été condamné au « travail à la chaîne », il est cependant reconnu comme un grand professionnel par les siens : en 1885 l'Institut lui décerne le prix Chartier pour sa musique de chambre.    
Le 16 janvier 1888, il dirige des esquisses de son Requiem  en l'église de la Madeleine. L’œuvre ne sera complétée qu’en 1892-1893. En mai-juin 1891, il séjourne à Venise puis demeure brièvement à Florence. Il en rapporte Les Mélodies de Venise : on peut faire débuter avec cette œuvre, une seconde période stylistique de Fauré, caractérisée par une grande finesse, un sens de la sensualité et de nombreuses audaces harmoniques. Mais il existe bien entendu des recouvrements stylistiques entre les différentes périodes …
Le premier juin 1892, il est nommé inspecteur des conservatoires nationaux en province. Il entame une longue série de voyages à Londres, où il se rendra chaque année jusqu'en 1900. En 1896, il devient titulaire  du grand orgue de la Madeleine et professeur de la classe de composition au Conservatoire ; son enseignement est lumineux et marquera tous  ses élèves : Florent Schmitt, Georges Enesco, Charles Kœchlin, Louis Aubert, Roger-Ducasse, Paul Ladmirault, Nadia Boulanger, Émile Vuillermoz et surtout Maurice Ravel …
En 1898, il compose une musique de scène pour la version anglaise de Pelléas et Mélisande de Maeterlinck (pour petit orchestre, qui est orchestré par Kœchlin). En  août 1900 il crée Prométhée en plein-air  à Béziers devant 15.000 spectateurs. L’œuvre est conçue pour trois ensembles de cuivres, 100 cordes, 12 harpes, chœurs et solistes.

 Faure 4

En 1903, Fauré devient critique au Figaro  mais  aussi officier de la Légion d’Honneur …, en 1905 directeur du Conservatoire de Paris et en 1909, membre de l’Institut  …  poste où il avait été moult fois candidat mais refusé car considéré comme trop moderne !

ROBESPIERRE …    

Esprit plein de modernité, Fauré sera l’un des premiers compositeurs à faire enregistrer sur rouleaux ses œuvres, entre 1904 et 1913.

Faure 5Il va aussi révolutionner l’enseignement du Conservatoire … Il se révèle un véritable « tyran» et rétablit la discipline; il procède à de nombreux changements, notamment en apportant du sérieux et du renouveau à un enseignement qui avait mal vieilli. Cette attitude autoritaire lui est d’autant plus  reprochée que dans le même temps, Fauré doit faire face, à partir de 1903, à une surdité presque totale, handicap qui si il n’entrava en rien sa carrière ne devait pas faciliter le dialogue au sein de l’établissement !  D’où le surnom de « Robespierre » que certains lui donnaient.

Cette rigueur transparaissait aussi dans sa façon de diriger : « Fauré était un vivant métronome. C’était d’autant plus frappant à la fin de sa vie, quand il était devenu sourd. Avant, il était galant homme, il aimait les jolies femmes, il faisait quelques concessions. Mais à la fin de sa vie, quand il n’entendait plus, il allait son chemin, impeccablement, sans se douter que la chanteuse avait quelquefois deux ou trois mesures d’écart avec lui parce qu’elle ralentissait tandis que lui restait fidèle au mouvement. » Propos tenus par la soprano Claire Croiza durant la Première Guerre mondiale.

Du changement de caractère correspondant à cette surdité découle chez Fauré l’évolution vers une troisième période musicale : un plus grand statisme, un plus grand dépouillement voire un côté quasi immatériel, mais aussi, hélas, une plus faible  productivité.

REQUIEM  AETERNAM …

Sa surdité amène Fauré à démissionner de son poste en 1920, à 75  ans. Il reçoit la même année la Grand-croix de la Légion d'honneur, distinction alors rare pour un musicien. Il vit dans l’isolement ses dernières années, sa santé fragilisée par une broncho-pneumonie et  l’usage immodéré du tabac, mais il reste à l’écoute des jeunes compositeurs, en particulier les membres du groupe des Six. Il meurt à Paris le 4 novembre 1924. Il aura droit à des funérailles nationales à la Madeleine, accompagnées de son Requiem.