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W.A. MOZART

W.A. Mozart

ENFANTS PRODIGES

Wolfgang Gottlieb  Mozart  naît à Salzbourg, le 27 janvier 1756. Avec sa sœur, son aînée de 4 ans, Marianne dite «Nannerl », ils sont les seuls survivants des 7 enfants de Léopold Mozart  et de sa femme Anna-Maria Pertl.  Léopold, profondément musicien, violoniste (il a écrit un traité sur l'Ecole du violon), touche aussi fort agréablement du clavier, compose des œuvres multiples, dirige l'orchestre de Salzbourg et est nommé en 1757 compositeur de la Cour des Princes-Archevêques  où œuvre aussi un certain Michel Haydn ... qui aura lui aussi sa part d'influence musicale sur Wolfgang.

Profondément pédagogue et cultivé, Léopold prendra lui –même en charge  l'éducation de Nannerl  et Wolfgang. Tous deux se révèlent être sur le plan musical des enfants prodiges, notamment au clavecin, puis pour Wolfgang au violon.

Mozart-trio-tournee

Le trio  familial en tournée © DR

Dés 1762, Léopold organise une première tournée et avec ses enfants reçoit un accueil très favorable auprès des cours de Bavière puis de Schönbrunn où Wolfgang sera cajolé par la jeune Marie- Antoinette ... mais la tournée est interrompue par la scarlatine !

De retour à Salzbourg, Léopold rencontre une grosse déception : quand le prince-archevêque de l'époque, Sigismond von Strattenbach réorganise la chapelle princière, il n'obtient que le titre de Vice-Kapellmeister ... le Kapellmeister en titre étant Michel Haydn ! Du coup, Léopold demande un congé au prince- archevêque et repart en tournée avec femme et enfants, le 9 juin 1763.

TOURNÉES EN EUROPE

Après un passage dans différentes cours d'Allemagne (Munich, Mannheim, Aix-la-Chapelle ...), c'est Paris et Versailles où ils sont introduits dans les milieux de la Cour par Grimm : ils jouent devant la marquise de Pompadour, la famille royale ... c'est le succès ! Wolfgang  est, là encore, cajolé par ces dames.  On est en Mars 1764, il n'a que huit ans.

Après cinq mois dans la capitale, nos amis partent pour l'Angleterre. Le séjour qu'ils pensaient devoir être court ... durera seize mois. Reçus à la Cour à plusieurs reprises, les enfants participent à différents concerts et le roi  fait découvrir à Wolfgang des partitions de Bach et Haendel ! Wolfgang  rencontre le professeur de musique de la reine : Jean-Chrétien Bach le prend sous son aile, l'initie au style « galant » de la musique italienne et à l'opéra, lui fait travailler contrepoint et fugue.  A Londres, nos amis font leur miel de l'écoute d'oratorios de Haendel, d'opéras italianisants et de bel canto tandis que Wolfgang  poursuit son travail de composition : des Sonates, il passe dans le domaine symphonique.

Le retour vers Salzbourg  se fait par le chemin des écoliers : Nord de la  France, Hollande, Paris, la Bourgogne, la Suisse, l'Allemagne ... Arrivée le 30 novembre 1766 ! Il est temps de se reposer un peu après un voyage de plus de 3 ans.

Mozart portrait enfant

Portrait de Wolfgang enfant  © DR

L'année 1767 sera, pour Wolfgang, consacrée à l'étude des compositeurs allemands et à des commandes pour le prince- archevêque ... Une visite à Vienne est interrompue par une épidémie de variole (que les deux enfants attrapent) et reportée au début 1768 ! Occasion pour Wolfgang de mieux découvrir la musique de Gluck et de Joseph Haydn. Léopold obtient de la Cour la commande, pour son fils, d'un opéra, La finta Simplice ... mais n'arrive pas à le faire jouer ! Par contre, Bastien et Bastienne est joué dans un cadre privé, chez le Dr. Messmer, et la première Messe de Wolfgang est jouée devant « toute la Cour impériale ».

Mais le prince- archevêque réclame le retour de son Vice-Kapellmeister. Faute d'argent, il faut, en 1769, retourner à Salzbourg ... où sera donnée la première de La finta Simplice et une nouvelle Messe de Wolfgang qui a renoué avec Michel Haydn. Le prince- archevêque apprécie fort le travail de Wolfgang auquel il confère le titre (essentiellement honorifique) de « Hofkonzermeister » et donne à Léopold l'autorisation de peaufiner l'éducation de son fils par un voyage en Italie !

AMADEO  EN  ITALIE

Wolfgang qui a travaillé son italien et son latin  ne se sent plus de joie ; c'est bras dessus, bras dessous, que partent le père et le fils. Les italiens adoptent Wolfgang et l'appellent par son deuxième prénom, Gottlieb, traduit par Amadeus ... ou Amadeo !   Vérone, Mantoue, Milan (où Wolfgang reçoit commande d'un opéra), Parme, Bologne, Florence se succèdent. Puis Rome, Naples et de nouveau Rome où ils sont reçus par le pape ... qui fait Amadeus « chevalier de l'Éperon d'Or ». C'est la Gloire !

Ils passent l'été 1770 à Parme. Amadeus étudie musique italienne et menuets de Michel Haydn ; il attaque la composition de l'opéra destiné à Milan : Mitridate, Re di Ponte. Et le Padre Martini, auquel il s'est lié, le fait recevoir « membre de l'Académie philharmonique de Bologne » !  C'est la Gloire !

Mozart Gottlieb

Quand  Gottlieb devient ...© DR

Puis, c'est le retour à Milan, pour la mise en place et la première de Mitridate , le 26 décembre 1770 : « c'est un indéniable succès, la critique est favorable et l'opéra connaîtra vingt représentations dans l'hiver » ! C'est la Gloire !

Le 5 janvier 1771, l'Académie de Vérone nomme Amadeus Cancielliere dell' Academia ! C'est la Gloire !

Et c'est le retour à Salzbourg via Turin et Venise ... et des commandes plein les poches : un oratorio de carême pour Padoue (ce sera la Betulia liberata), une « sérénade théâtrale » pour les noces de l'archiduc qui doivent avoir lieu à Milan, un opéra pour la saison milanaise 1772-1773 ... C'est la Gloire !

Mozart Amadeus

... Amadeus ! © DR

Amadeus, qui a 15 ans, écrit l'oratorio demandé mais aussi trois symphonies, trois Sonates d'église, et autres musiques religieuses pour complaire au prince-archevêque ... et trouve le temps de tomber amoureux, avant de repartir pour Milan ! Amadeus s'attaque à la « sérénade théâtrale », Ascanio in Alba. Succès total !

Mais sur le chemin du retour, en décembre 1771, ils apprennent la mort du prince-archevêque Sigismond von Strattenbach. L'intronisation en avril 1772 de son successeur, Hyeronimus von Colloredo-Mannsfeld, sera l'occasion d'une Sérénade théâtrale écrite par Amadeus, Il Sogno di Scipione ... mais les premiers contacts avec la famille Mozart ne sont pas très favorables et si Colloredo les laisse partir pour la création à Milan de l'opéra Lucio Silla ... c'est parce-que le contrat en est déjà signé. C'est le dernier voyage des Mozart  en Italie !

LE JOUG DE COLLOREDO

Colloredo est  peu aimé des Salzbourgeois. Il n'est cependant pas sans qualité : entreprenant, énergique, il est, comme l'empereur Joseph II, un partisan de nombre de réformes de progrès qui vont dans un sens humanitaire inspiré de la philosophie des Lumières.  Sur le plan religieux, c'est un ferme soutien du « joséphisme » caractérisé par une certaine mainmise de l'Empereur sur l'Eglise et une simplification de la liturgie : hymnes si possible en allemand, parties musicales écourtées et plus dépouillées (pas « trop de notes ») !

Mozart Colloredo

Hyeronimus von Colloredo  © DR

Colloredo a par ailleurs les défauts de ses qualités : dur, autoritaire, hautain et méprisant, il est très à cheval sur les questions de budget, d'économies et de rigueur dans le service. Il est amateur de musique mais féru d'italianisme. Si bien que Léopold, non seulement  se verra maintenu dans la position subalterne de Vice-Kapellmeister ... mais verra nommé devant lui un Kapellmeister italien !

En  1773, Colloredo quitte Salzbourg ... pour aller prendre les eaux ! Et Léopold et Amadeus de  filer à Vienne. Vienne où ils ont des contacts avec les milieux maçonniques, Vienne, où  souffle dans la musique un esprit nouveau voisin de celui exprimé en littérature par le Sturm und Drang.

Amadeus est condamné, de par sa fonction, dans la période qui suit, à l'écriture de musique « galante » à l'intention de la Cour de Salzbourg, d'œuvres religieuses ... avec de temps en temps quelques œuvres instrumentales, une escapade comme cet opéra La finta Giardiniera écrit sur ordre de

Collodero pour l'électeur de Bavière à la cour de Munich ; ou l'opéra Il Re Pastore donné à Salzbourg pour la visite de l'archiduc Maximilien-Franz !   Mais Colloredo ferme son théâtre ... puis en ouvre un autre, mais dont il sous-traite l'activité à un impresario qui fait appel à des troupes ambulantes.

De quoi démoraliser Amadeus ... qui tient le coup encore deux ans, avant de donner une première fois sa démission, fin 1777,  pour courir les routes à la recherche d'un nouvel employeur ...

Léopold retenu à Salzbourg, c'est sa mère Anna-Maria qui l'accompagne ! Munich, Augsbourg, les voient passer, puis Mannheim. Mozart y traîne quelque peu : il y tombe  amoureux fou d'Aloysa Weber et le prince-électeur Karl-Theodor est si sympathique ... Mais il finit par partir pour Paris, se lie d'amitié avec Gossec  ... mais Paris a changé ... et  Wolfgang aussi a changé. Et Anna-Maria meurt ! Et Grimm le laisse tomber ... Il reprend la route, passe par Munich, y retrouve Aloysa ... qui rompt avec lui ! Et avec tout cela,  il ne décroche aucun poste. Mozart, vaincu, retourne à Salzbourg, et y reprend ses fonctions. Il n'a guère le moral, mais se console en composant, outre les œuvres religieuses éventuellement commandées par Colloredo, Symphonies, Sérénades, Divertimenti ...

Mozart adulte

Portrait de Mozart adulte © DR

Mais d'opéra, point, jusqu'au jour où il reçoit une commande extérieure de Karl-Theodor, prince-électeur de Bavière pour le carnaval de Munich en janvier 1781 : Colloredo peut difficilement s'y opposer. Et ce sera Idomeo, re di Creta. Wolfgang profite du fait que Colloredo est à Vienne pour rester à Munich plus longtemps que permis ...

Car Colloredo est de plus en plus tyrannique : il a même été jusqu'à  fournir à Mozart un mémento décrivant les règles à suivre pour la composition de la musique d'église dans l'esprit « joséphiste » ! Mais surtout, Colloredo veut garder Wolfgang « à sa botte » et limite ses déplacements et ses velléités de créations extérieures. De plus en plus « despote » et de moins en moins « éclairé », il convoque Mozart à Vienne et de « serrage de vis » en brimades, puis insultes (« débauché », « pouilleux », « gueux », « crétin »...) , de rébellion en altercations, on arrive à un licenciement/démission en plusieurs épisodes : lors du dernier,  Wolfgang sera chassé par le comte Arco, intendant de Colloredo ... d'un coup de pied au derrière ! Mais désormais, il est libre !

LA LIBERTÉ ET LA GLOIRE

Décidé à démarrer sa nouvelle carrière, Mozart va se loger à Vienne « A l'Œil de Dieu » ... chez Madame Weber, la mère d'Aloysa. Et Amadeus de retomber amoureux,  mais cette fois  de la sœur d'Aloysa, Constance ! Il écrit une série de Sonates puis obtient une commande de la Cour Impériale : ce sera l'Enlèvement au Sérail, un opéra en langue allemande, ce qui ne peut que plaire à Joseph II... même si ce dernier aurait trouvé qu'il y avait un  peu « trop de notes ». Rien qu'au cours de 1782 le Singspiel de Mozart connut seize représentations.

Sous l'influence du baron van Swieten, compositeur et musicologue, Mozart se plonge dans les partitions de J.S. Bach et de Haendel pour réétudier l'art  de la fugue. Il écrit la Symphonie Haffner, épouse Constance, écrit une grande Messe d'action de grâces, conséquence d'un vœu fait lors d'une maladie de Constance pendant leurs fiançailles. Cette Messe  sera  donnée à Salzbourg et  Constance en

aurait tenu la partie de soprane écrite pour elle.  A Vienne, pour faire bouillir la marmite Mozart, hyperactif, multiplie les leçons de piano, les concerts - académies où il est invité et ceux qu'il organise, suivant le concept de concerts par souscription. A cela il faut bien entendu ajouter la composition pour le programme de ces concerts ou pour répondre à des commandes. Il se lie d'amitié avec Joseph Haydn pour lequel il va écrire ses six Quatuors « à Haydn ».

On remarquera que dès le début de 1783 jusqu'à juin 1791, Wolfgang n'aurait plus ou peu écrit de musique religieuse ... Il y a probablement  plusieurs raisons  à cela.
Certes Mozart, adepte des aspirations du Sturm und Drang et des convictions rationnelles de l'Aufklärung, épris de liberté, d'égalité et surtout de fraternité, est entré fin 1784  «  en maçonnerie » comme « Apprenti dans la Loge Viennoise de  La Bienfaisance » et il écrira bon nombre d'œuvres « maçonniques » ... Mais, ne commettons pas d'anachronisme, la franc-maçonnerie du XVIIIème siècle n'est pas celle du « petit père Combes ». Les qualités que, d'après le chevalier Ramsay, on attend à l'époque d'un frère sont : l' « humanité », une « morale pure », une « discrétion inviolable», ... et « le goût des beaux-arts » ! Et n'oublions pas que, quelques années auparavant, à Salzbourg, Mozart faisait partie d'une confrérie mariale ... De même en 1783, lors d'un déplacement ultime à Salzbourg, le Journal de Nannerl nous décrit la famille se rendant en groupe en pèlerinage à la basilique de Maria Plain ! Il est peu probable qu'Amadeus se soit totalement éloigné de la foi de sa jeunesse ...même si avec le temps, il est possible qu'il se soit créé « sa petite foi à lui » !

Mozart adulte inacheve

Amadeus : portrait inachevé par Lange © DR

La raison la plus simple de cette diminution de créations religieuses correspondrait plutôt, à nos yeux, à l'absence de demande, dans une Vienne dominée sur le plan religieux par le« joséphisme » !

Et puis, Mozart rêve toujours d'opéra ... et si possible d'opéra allemand, mais doit y renoncer faute de livret et se « rabattre » sur un texte italien conçu avec l'aide d'un nouveau venu, Da Ponte. Celui-ci qui se chargera  d'en faire accepter à  Joseph II, qui  donne son accord, le sujet quasi-sulfureux : Il Nozze di Figaro.  Certes la création des Noces  ne se fera pas sans mal : l'importance de la partition orchestrale choque certains, une partie des chanteurs italiens ne joue pas tout à fait le jeu, une cabale semble avoir été montée par Salieri et Righini ... et Joseph II aurait été amené à intervenir pour ramener l'ordre !
Mais la première, le 1er mai 1786 est un grand succès : « Tous les numéros furent bissés, ce qui fit durer la représentation presque aussi longtemps que celle de deux opéras ... ». Mais les revenus que Mozart en touche sont relativement limités ... et puis, lassitude ou peur d'une musique trop élaborée, une partie du public viennois ne le suit plus vraiment.

Du coup, en 1787, Mozart se rend à Prague où Idomeneo et les Noces, ses directions de concerts, la virtuosité de son jeu de piano et son génie d'improvisateur lui valent un accueil dithyrambique, un assainissement (temporaire)  de ses finances ... et  la commande d'un opéra italien pour la troupe de Prague. Mais c'est aussi l'année de la mort de Léopold ... et Nannerl, mariée, s'est éloignée ...
Alors    Amadeus se jette avec Da Ponte dans la composition de Don Giovanni dont la mise en place aura lieu  à Prague ! Avec une troupe certes moins expérimentée que celle de Vienne (mais excellente), un livret et une partition que Da Ponte et Mozart modifient  (lors de discussions à la taverne avec Casanova !) complètent et rectifient jusqu'au dernier moment, tout cela pose quelques problèmes qui laissent Wolfgang épuisé ... L'œuvre connaît un immense succès  et Mozart peut enfin se reposer et se détendre à Prague.

DES TOURMENTS AU REPOS

Mozart  rentre à Vienne où l'empereur Joseph II lui donne, à la mort de Gluck, le titre de « Compositeur de la Chambre Impériale et de la Cour » ... mais avec un salaire moindre que son prédécesseur et insuffisant pour faire face aux besoins d'un chargé de famille !

En 1788, Joseph II fait part de son vœu de voir  Don Giovanni  monté à Vienne au National-Theater ... L'accueil, lors de la première, est froid et il faudra tout l'entregent  de Da Ponte pour faire  maintenir l'œuvre au répertoire du théâtre. Joseph II, de retour de la guerre contre les Turcs, assiste à l'une des dernières représentations et, plus fin amateur qu'on ne le prétend généralement, dit : « L'opéra est divin ;

et peut-être serait-il plus beau que Figaro, mais ce n'est pas un plat pour mes Viennois ». Et Mozart de commenter, sans se déconcerter : « Laissons leur le temps de le mâcher » !

Mozart Maturité

Mozart : la maturité © DR

Le problème, c'est qu'avec l'absence de commandes vient la misère, et que l'on peut écrire des chefs-d'œuvre comme les Symphonies, Trios et Sonates  de cette époque sans que cela vous rapporte un sou ! Heureusement que des amis comme le baron van Swieten lui  commandent des réorchestrations d'œuvres de Haendel (Acis et Galatée, Sainte Cécile et surtout le Messie ...) et que ses frères maçons lui apportent une aide financière.  En avril 1789, Mozart part avec l'un de ses élèves pour Berlin, touche une jolie subvention du roi Frédéric-Guillaume II qui lui passe commande de quatuors à cordes et de sonates pour piano, passe par Leipzig à l'aller comme au retour : il y joue et improvise sur l'orgue de J. S. Bach à la Thomaskirche et, en son honneur, le cantor Doles fait exécuter par les chœurs de la Thomasschule un motet à huit voix de Bach ! Amadeus qui découvre là un aspect peu connu de la musique de Jean-Sébastien se fait faire copie de tous les motets ...

Mais, il rentre à Vienne les poches quasiment vides, y retrouve Constance malade une fois de plus, se transforme en infirmière, annule ses concerts ... Le 14 juillet, à Paris, on prend la Bastille, mais Mozart, lui, est prisonnier de ses problèmes d'argent ... quand, surprise, on reprend  Il Nozze di Figaro   au National-Theater. Et devant le succès, la Cour lui recommande un opéra sur un sujet choisi par Joseph II ... et Wolfgang  se lance avec Da Ponte dans l'aventure de Cosi fan tutte.

Quand la première a lieu  le 26 janvier 1790, c'est un succès honnête, sans plus et le 20 février Joseph II meurt ... on ferme les théâtres. Léopold II monte sur le trône et prend le contre-pied de la politique de son frère ... y compris sur le plan musical. Mozart sollicite de sa part une place de second Kapellmeister  mais n'aura jamais de réponse : il garde le poste qu'il a déjà mais « pas de promotion pour le  franc-maçon ». Mozart retombe malade, seul à Vienne, Constance est partie à Baden se reposer !

Mozart 1789

Mozart en 1789 © DR

Et lors du couronnement impérial à Francfort, en octobre, Wolfgang n'est même pas invité : qu'à cela ne tienne, Mozart y va à ses frais, organise son propre concert ... pour lequel il écrit deux concertos pour piano qui prendront ultérieurement le surnom de « concertos du couronnement » ! «  Du point de vue de l'honneur, ce fut superbe ; du point de vue de la recette, ce fut un maigre succès ». Après  une  période
de découragement, en novembre il a de nouveau la « pêche » ! Mais certains des portraits que l'on a de lui  dans ces années portent déjà les stigmates de la maladie !

En 1791, il passe le temps qu'il faut pour assumer les compositions dansantes commandées par la Cour pour le carnaval, obtient un poste d'adjoint au Kapellmeister de la cathédrale Saint-Étienne ... Et se lance avec son ami et frère en maçonnerie Schikaneder dans l'écriture d'un opéra allemand destiné au théâtre de celui-ci : mi-féerie, mi-initiation maçonnique, ce sera La Flûte Enchantée. Parallèlement, il trouvera le temps d'écrire en juin, un Ave Verum, recevra en juillet la commande plus ou moins mystérieuse  d'un Requiem ... et interrompt son travail toutes affaires cessantes pour composer, en dix- huit jours, à la demande du Théâtre National de Prague, un opéra qui fêtera  dignement le couronnement de Léopold II, cette fois-ci comme roi de Bohême. Ce sera La Clemenza  di Tito. De retour de Prague, il se remet à La Flûte : la première en septembre est un succès qui ne se démentira pas ! Mozart trouve encore le temps de composer son Concerto pour clarinette, une Cantate et un Lied  maçonniques, et se remet à son Requiem : le 20 novembre, le Théâtre de Schikaneder affiche la 100ème de La Flûte Enchantée ... Mozart est alité, épuisé de travail, de misère et de maladie. Il donne ses instructions à son disciple Süssmayr pour terminer le Requiem  et s'éteint le 5 décembre 1791.

 

Mozart MortuaireMasque mortuaire © DR

W.A. Mozart : Ave Verum K. 218

Mozart, dans la dernière année de sa vie, avait fait acte de candidature au poste de Kapellmeister de la Cathédrale Saint- Etienne, occasion pour lui de renouer avec la musique religieuse. En séjour à Baden, où il est allé passer quelque temps avec sa femme Constanza et son fils Carl, il se lie d'amitié avec Anton Stoll, ami de J. Haydn et chef du chœur de la petite paroisse. A sa demande, Mozart écrit un motet à l'apparente simplicité, adapté aux moyens et aux effectifs disponibles : un simple chœur à quatre voix avec un accompagnement orchestral léger. Mais une fois de plus le miracle mozartien opère : en quarante-six mesures sotto voce, ce court motet, merveille d'équilibre et d'adoration intense, se révèle une de ses œuvres religieuses les plus bouleversantes.

W.A. Mozart : Regina Coeli K. 276

Lettrine R claireegina Cœli, ou encore Regina Cæli, est une antienne mariale, prière chrétienne dédiée à la Vierge Marie. C'est l'un des quatre hymnes marials du catholicisme. Son titre - en fait les deux premiers mots du texte - signifie «Reine du Ciel» en latin. Son origine remonte au XIIe siècle. Cette prière est courte : quatre rimes plates, un alléluia en refrain et à la fin un orémus ou une invocation.

« Il n'est pas impossible que cette œuvre ait été écrite pour accompagner l'exécution de la ''Messe du Couronnement'' si cette dernière est vraiment destinée à la Vierge de Maria – Plain. » Ecrite (en mai 1779 ?) pour 4 solistes, chœur et orchestre, cette 3ème et dernière version du « Regina caeli » est « concentrée » en un « allegro d'une seule venue et de style concertant. Comme le sujet le demande, le climat d'ensemble est celui de la jubilation... » (cf. Massin) ! Et que l'on ne s'étonne pas de trouver à certain '' alleluia'' un accent « haendélien » : n'oublions pas que Wolgang, dans ses enfances, avait découvert Haendel lors de son voyage en Angleterre !

W.A. Mozart : Messe "du Couronnement" en ut majeur (K. 317)

vierge couroneeDébut 1779, Amadeus vient de se soumettre à nouveau au joug de Colloredo. Il compose cette messe et la signe le 27 mars. Ecrite pour 4 voix solos, chœur mixte et un orchestre aux sonorités brillantes (2 hautbois, 2 cors, 2 trompettes, 3 trombones, timbales, cordes et orgue), c'est probablement la plus populaire des Messes de Mozart. La dévotion mariale qu'aurait eue Mozart à cette époque, les liens qu'aurait eus la famille Mozart avec la basilique de Maria Plain, pourraient, à nos yeux, renforcer l'hypothèse longtemps admise (cf. Wyzewa, Saint-Foix, Massin...) selon laquelle cette Messe aurait été destinée à célébrer le Couronnement de l'image miraculeuse de la Vierge (© DR) qui y était conservée. Ce portrait, qui avait miraculeusement survécu à un incendie, était vénéré des fidèles de Salzbourg qui lui avaient attribué le salut de la ville pendant la guerre de 1740-1748. L'image fut couronnée et bénie par le Pape en 1751. On fêtait l'anniversaire de l'événement tous les ans.

 Le succès de l'œuvre fût tel que celle-ci fût régulièrement redonnée lors de grandes manifestations : pour le couronnement à Prague en 1791 de Léopold II puis celui de son successeur François Ier en 1792. S'il semble que Mozart avait fourni la partition, c'est ... Salieri qui aurait dirigé l'œuvre dans ces 2 occasions ! Joseph Haydn l'aurait redonnée plus tard à la demande de l'épouse du prince Esterházy, qui l'avait entendue lors du couronnement de Léopold en 1791. Cf. H.C.Robbins Landon, D.Pajot ...

Les liens entre cette Messe et la notion de Couronnement sont donc multiples ... Et, en tout état de cause, bien malin sera celui qui pourra affirmer avec certitude quelle est la véritable origine de l'appellation aujourd'hui courante de ce chef d'œuvre de Mozart ! Un surnom dont on ne trouve, de toute façon, pas trace dans la littérature avant le XIXème siècle !

« MISSA SOLEMNIS » OU « BREVIS », EN TOUT CAS BRILLANTE ...

Si la structure de l'œuvre es bien celle d'une « Missa Solemnis » ... sa durée a fait que certains l'ont qualifiée de « Missa Brevis » : Amadeus devait en effet travailler dans le contexte (pas plus de 3/4 d'heure) imposé par Colloredo ! Mais la musique brillante de Mozart soulignant à la perfection le texte liturgique, on peut espérer que le prince-archevêque ne trouva pas trop à se plaindre ...

Un Kyrie en ut majeur introduit par l'appel immédiat, brillant et dynamique des 4 voix, andante maestoso, puis vient più andante la voix de la soprano solo, à laquelle s'adjoint celle du ténor, avant la reprise de l'introduction.

Un Gloria en ut majeur, allegro con spirito, où Mozart instaure « malgré des reprises et réexpositions plus apparentes, un jeu subtil de références et de variations en une sorte de développement ininterrompu » et collant parfaitement à l'illustration du texte. L'introduction brillante par les chœurs et orchestre, porte « jusqu'au ciel l'écho de la gloire divine » jusqu'à l'apaisement du « Et in terra pax » ... « Laudamus te » alternant chœurs et solistes, « Gratias » reprenant les éléments du « Gloria » initial, cependant que le « Domine Deus » est confié aux solistes avec là encore un duo soprano – ténor. Puis un « Quid tolli » au chœur assombri, un « Miserere » où supplient les solistes, jusqu'au « Quoniam » réexposant le Gloria du début. Pour terminer par un « Amen » réservé aux solistes avant que de conclure par une coda brillante.

Un Credo en ut majeur, d'abord torrent de force vive des chœurs (allegro molto) pour la première partie du « Credo », jusqu'à l'adagio de l' « Incarnats est » des solistes, les spirales douloureuses des chœurs dans le « Crucifixus, » puis l'apaisement du « passus et sepultus est ». Un « Et in Spiritum Sanctum » simple et chantant pour la soprano, puis violons et violoncelles lançant galantissimo le quatuor vocal dans un « Qui locutus est » dansant. Et le chœur, forteresse vocale, réaffirme l'attente de la Résurrection des morts « Et vitam venturi saeculi », et le fugato du « descendit de coelis » précède « Amen » final et reprise du « Credo in Deum » ...

Un Sanctus en ut majeur, avec la longue phrase andante maestuoso des chœurs magnifiant le « Sanctus », orchestre au rythme serré pointé avec trille et triple croches, vents en syncope et renfort de timbales ; puis la modulation du « Domine Deus Sabaoth » et le brio du « Hosanna », allegro assai ...

Un Benedictus, allegretto en ut majeur, où « Celui qui vient au nom du Seigneur », est béni et célébré par un quatuor de solistes plein de tendresse, et des chœurs qui vont débordant de liesse dans le « Hosanna », allegro assai ...

Un Agnus Dei, andante sostenuto/allegro con spirito, en fa majeur : Un solo de soprano, au caractère intimiste, où l'air s'apitoyant sur l'Agneau est celui d'une des plus célèbres mélodies religieuses de Mozart, et que celui-ci n'hésitera pas à reprendre en partie dans le fameux « Dove sono » de la Comtesse dans les Noces de Figaro ... Un quatuor qui prend le relais, plein d'une tendresse que transcende l'entrée du chœur en diminution rythmique sur l' allegro con spirito final pour un « Dona nobis pacem » où chœurs et soli alternés, cuivres éclatants en fanfare, se déploient eu un finale grandiose.

Cf. d'après Marie-Aude Roux :

« En honnête homme et devant Dieu, Wolfgang est le plus grand compositeur que je connaisse. »
« Il faudra plus d'un siècle pour que se retrouve un talent de cette envergure. » Joseph Haydn

« Mozart est partout. Il domine tout. Parce que Mozart, c'est l'émotion, l'intelligence, le bonheur, la tristesse de la condition humaine. » H. C. Robbins Landon

Bibliographie et iconographie concernant la vie et les œuvres de W.A. Mozart :
Ouvrages de base :
Théodore de Wyzewa et G. de Saint- Foix : Wolfgang-Amédée Mozart, sa vie musicale et son œuvre - Desclée De Brouwer 1946 / Jean et Brigitte Massin : Wolfgang Amadeus Mozart - Fayard 1985 / H.C. Robbins Landon : Dictionnaire Mozart - JC Lattés 1990 / Marie-Aude Roux : Wolfgang Amadeus Mozart in Guide de la Musique sacrée et chorale profane de 1750 à nos jours - Fayard 1993.
Sur le Web :
Dennis Pajot : The "Coronation Masses" Chapter I: K317--Why the Nickname? mozartforum.com - May 16th, 2005.
Les différents chapitres du site mymozartfree.fr en cours de création.
Et sur Wikipédia, les articles concernant Mozart, la Messe du Couronnement ...
Les illustrations proviennent des ouvrages et sites ci-dessus et figurent pour une bonne part sur le site d'images gratuites Wikimédia Commons avec parfois un ajustement des caractéristiques de l'image par l'auteur (© DR) !